Multirésistances aux anthelminthiques dans les troupeaux ovins transhumants des Hautes Pyrénées avec un focus sur l’effondrement de l’efficacité des lactones macrocycliques dans ces élevages
Auteurs
Résumé
La fréquence des traitements anthelminthiques est considérée comme le principal facteur de risque de multirésistance en élevage ovin. De ce fait, les systèmes d’élevage transhumants de montagne, qui utilisent peu de traitements par an, devraient être moins concernés. Cependant, en 2023, une première étude a montré une diminution de l’efficacité de l’ivermectine dans cinq exploitations situées dans les Pyrénées, ce qui a justifié une enquête à plus grande échelle (36 élevages transhumants, sur sept estives des Hautes-Pyrénées) en 2024. Il s’agissait d’une part de faire un état des lieux de l’intensité et de la diversité des infestations parasitaires des élevages ovins transhumants à trois périodes clés liées à la transhumance et, d’autre part, d’évaluer l’efficacité de six molécules (parmi cinq familles) d’anthelminthiques sur les strongles gastro-intestinaux et étudier la dynamique de l’apparition des résistances. Des coproscopies ont été réalisées au printemps, en été et à l’automne et des tests de réduction de l’excrétion fécale post-traitement ont été réalisés au printemps et à l’automne. Des coprocultures ont été effectuées afin d’identifier les espèces de nématodes résistantes aux différents traitements. Avant la montée en estive, une intensité parasitaire inférieure à 1000 OPG ne justifiait pas un traitement systématique dans 22 exploitations sur 36. Les résultats à l’automne étaient plus hétérogènes et justifient un suivi coprologique de ces élevages. Du point de vue des résistances, le fenbendazole n’a démontré d’efficacité dans aucune exploitation. Sur 36 exploitations, l’ivermectine et la moxidectine se sont montrées efficaces dans respectivement sept et douze exploitations. Le lévamisole est resté efficace dans 25 des 32 exploitations testées. Ces résistances étaient principalement dues aux espèces Haemonchus contortus et Teladorsagia circumcincta. Aucune résistance n’a été signalée pour le monépantel, et le closantel s’est avéré efficace partout contre l’espèce Haemonchus contortus. Les résultats peuvent varier d’une exploitation à l’autre au sein d’un même pâturage d’été, en fonction du degré de mélange des troupeaux durant cette période. Cette étude a démontré que la multirésistance aux anthelminthiques n’est plus l’apanage des élevages ovins intensifs de plaine, mais qu’elle concerne désormais également les systèmes traditionnels en montagne, d’où l’importance cruciale d’y raisonner les traitements anthelminthiques et d’encourager vivement les contrôles d’efficacité des traitements effectués. Enfin, l’ensemble de ces résultats permettent de penser que la transhumance est une période d’échanges de strongles résistants qui catalyse probablement l’apparition de multirésistances dans les troupeaux ovins transhumants.
