Épidémie de pneumonies à VRSB dans un troupeau allaitant vacciné et carencé en vitamine A
Auteurs
Résumé
Les maladies respiratoires bovines constituent une problématique majeure en élevage allaitant, en raison de leur impact sanitaire et économique ainsi que de leur étiologie multifactorielle. Le virus respiratoire syncytial bovin (VRSB) reste un agent pathogène majeur impliqué dans l’initiation des épizooties de pneumonies chez les veaux. Ainsi la mise en place de protocoles vaccinaux dirigés contre cette valence est largement répandue. Cet article décrit une épizootie de pneumonies sévères survenue en janvier 2019 dans un élevage allaitant naisseur-engraisseur comprenant 130 vaches Limousines. Le tableau clinique observé chez les veaux atteints associait : abattement, hyperthermie, tachypnée, toux et dyspnée, ainsi qu’une augmentation de l’intensité des bruits respiratoires associée à des sifflements. L’évolution de l’épisode sur une durée d’environ cinq semaines s’est traduite par une morbidité globale de 32,5 % et une mortalité de 8,1 %. Les examens nécropsiques réalisés sur trois veaux morts ont mis en évidence des lésions pulmonaires compatibles avec une pneumonie interstitielle aiguë sévère d’origine virale. Les analyses histologiques ont confirmé des lésions typiques d’une infection à VRSB, et les analyses PCR ont mis en évidence la présence du VRSB dans l’ensemble des prélèvements nécropsiques, ainsi que sur deux pools d’écouvillons nasaux profonds prélevés chez des veaux cliniquement atteints. L’ensemble des données cliniques, épidémiologiques et analytiques a permis de conclure à l’implication du VRSB comme agent principal de l’épizootie. Tous les veaux atteints ou morts avaient été vaccinés contre les maladies respiratoires (Bovilis® Bovigrip, MSD ou Rispoval® Intranasal, Zoetis), conformément aux recommandations des résumés des caractéristiques des produits, et se trouvaient sous couverture vaccinale protectrice au moment de l’apparition des signes cliniques. L’isolement répété du VRSB au sein d’une population vaccinée a conduit à conclure à un échec vaccinal, justifiant une déclaration de pharmacovigilance. Compte tenu du caractère multifactoriel des pneumonies, une recherche des facteurs de risque susceptibles d’avoir pu contribuer à l’apparition de la maladie et de l’échec vaccinal a été réalisée. Il a été mis en évidence une carence sévère en vitamine A, susceptible d’avoir pu altérer la réponse immunitaire vaccinale. Par ailleurs, le séquençage du gène codant pour la glycoprotéine G du VRSB a révélé une certaine divergence entre la souche isolée et au moins l’une des souches vaccinales utilisées dans l’élevage (86% d’homologie entre les séquences nucléotidiques et 75% d’homologie entre les séquences d’acides aminés) qui aurait pu contribuer à l’échec vaccinal observé. Ce cas illustre l’importance d’une approche diagnostique méthodique et holistique des maladies respiratoires, intégrant l’analyse des facteurs nutritionnels, environnementaux, immunologiques et microbiologiques.
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Bulletin n°102 Page 13
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